« Je vais de l’avant »

Il y a une semaine, Arnaud bouclait son quatrième Vendée Globe consécutif. Après l’euphorie des premiers jours, l’accueil des autres concurrents, le skipper de La Mie Câline – Artisans Artipôle fait le point sur son état de forme, celui de son bateau et aussi sur l’avenir avec l’objectif de la Transat Jacques Vabre à l’automne. Interview :

Comment te sens-tu physiquement ?

Je me sens beaucoup mieux depuis 24h00 mais je n’ai plus de jambes. Par exemple quand je monte quelques marches à l’atelier, je sens que ça tire. C’est lié à la cellule de vie du bateau qui est très petite, je suis tout le temps à quatre pattes. Je vais reprendre le vélo d’appartement et y aller doucement pour reprendre un peu de muscle. La course à pied n’est pas recommandée pour le moment car c’est trop violent. J’ai perdu 4 à 5 kilos pendant ce Vendée Globe. Je fais aussi hyper attention à ce que je mange. Ça n’est pas un régime mais je vais éviter de me jeter sur des choses trop grasses ! Côté sommeil, je ne fais pas encore de grosses nuits. Je me réveille souvent et, ce matin, je n’ai eu aucun mal à me lever à 6h00 pour aller accueillir Miranda.

Quelle image conserves-tu de ton arrivée ?

Je garde l’image où je suis à l’avant avec mes deux enfants, de voir leur complicité. Mais c’est aussi la complicité qu’il y avait avec les gars de l’équipe, avec Marie (sa compagne, ndr), les copains et les partenaires. C’était une arrivée familiale et ça correspond bien à l’esprit du projet.

Et ton bateau ?

Il est un peu comme moi. Il a pas mal de petits bobos et lui non plus n’a plus de jambes car le moteur est HS. En dehors de ce problème d’énergie, il est propre, on pourrait aller naviguer demain. La force de ce bateau est sa fiabilité et sa solidité structurelle. On va expertiser la coque et le mât mais tout est en bon état et c’est plus que satisfaisant. Il est toujours au ponton aujourd’hui mais on va bientôt le démâter et le rentrer en chantier. L’objectif est qu’il soit de nouveau prêt à naviguer début mai.

Tu disais à l’arrivée que tu flottais. Est-ce que tu es toujours dans cet état d’apesanteur ?

Il y a un peu des deux. Je flotte encore car j’ai plein de flashbacks de la course mais je redescends sur terre car je vais de l’avant. J’étais ce matin à l’arrivée de Miranda et j’étais ému de vivre ça. J’avais l’impression de revivre mon arrivée et de connaître à nouveau ce bonheur. D’un autre côté, j’organise ma vie d’après car je veux reprendre la mer rapidement. J’ai donc pas mal de rendez-vous à organiser car l’objectif est d’être au départ de la prochaine Transat Jacques Vabre.

On parle souvent de toi et Yannick. Au-delà de votre amitié, qu’est-ce que cette victoire signifie pour toi ?

Yannick a prouvé que la victoire n’était pas réservée aux projets les plus riches. Quelque part, il donne une ouverture à pas mal de projets qui peuvent s’autoriser à rêver. Louis (Burton), avec sa 3ème place montre la même chose. La performance qu’ils accomplissent tous les deux fait énormément de bien à la course au large.

Tu ne fais pas de pause après l’arrivée ?

Il y a d’abord une dimension technique. J’ai besoin de m’occuper de mon bateau car nous sommes une toute petite équipe. C’est aussi mon tempérament de rester dans l’action et je veux préparer la suite. J’espère que d’ici 2 ou 3 mois, les choses seront lancées et que je pourrais avoir quelques vacances.