« Nous sommes les porteurs d’une liberté absolue »

A 10 jours du départ du Vendée Globe et dans un contexte incertain, le skipper Arnaud Boissières rappelle la « mission » qui est celle des marins. Faire rêver, transmettre cette « liberté absolue » et « forger des souvenirs » pour tous ceux qui aiment les grands espaces. 

« Nous sommes en mission. C’est ce qui est ressorti des discussions entre skippers depuis qu’on a la chance d’avoir nos bateaux alignés côte-à-côte aux Sables-d’Olonne. Au-delà de nos challenges personnels, nous portons tous une responsabilité, celle que le public s’évertue de nous rappeler au quotidien : « faîtes-nous rêver » ! En ces temps d’incertitude, de doute et d’appréhension, nous nous apprêtons à traverser les océans de la planète. Nous sommes les porteurs d’une liberté absolue, d’un quotidien unique à l’écoute des éléments et au cœur d’une nature préservée.

Dérouler une histoire et forger des souvenirs 

Il y a cette pression-là, inhérente au fait de quitter la terre pendant près de trois mois. Parce que malgré les conditions sanitaires et le sang-froid des visiteurs – masqués mais tous si enthousiasmés – on voit des regards et des sourires qui disent tout. Les croiser, échanger avec eux, c’est la possibilité de dérouler une histoire et de forger des souvenirs. Des curieux m’ont ramené des photos de mes précédentes participations, d’autres me racontent comment ils suivront notre parcours et tous nous interrogent et nous questionnent sur la vie en mer. Il y a les jeunes aussi. Dès que je pouvais ces derniers jours, je les invitais à se rapprocher du bateau, à passer du temps à leurs côtés. Je pense fortement à eux dans cette période trouble où l’avenir paraît tant incertain.

En ces jours qui précèdent le grand départ, tout s’entremêle. Il y a un mélange d’excitation, d’enthousiasme et d’appréhension. Avant d’écrire un nouveau chapitre, c’est déjà l’aboutissement d’une belle aventure collective avec tous ceux qui ont contribué à la réussite de ce projet. Depuis quelques temps, ‘la boule au ventre’ se fait plus présente. Les nuits sont plus courtes, le regard des proches change, l’émotion est palpable. Et puis on se dit que bientôt, à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, on sera en train de manœuvrer, de border les voiles, d’étudier les conditions météorologiques…

Je me sens plus zen que je l’étais il y a quatre ans, huit ans, douze ans. Mais je ne me dis jamais que j’ai davantage de certitudes. La sérénité est bien maigre quand on s’apprête à partir autour du monde. Et c’est aussi pour ça que cette aventure est exceptionnelle. »

Arnaud Boissières,
Les Sables d’Olonne